Lundi 13 mai à la Biocoop de Montreuil, après une présentation des enjeux de la PAC et le témoignage de deux maraîchers (Florent Sebban et Jérôme Véronique), une trentaine de citoyennes ont pu interpeller les candidat·e·s présent·e·s sur les enjeux qui leur tenaient à cœur.

Constat et attentes des maraichers

Les 2 maraîchers ont commencé par exprimer leur constat sur la PAC actuelle et leurs attentes par rapport à sa renégociation.

Leur constat : la PAC, via les primes à l’hectare, “protège des grands céréaliers non rentables”. Eux se positionnent comme incarnant une alternative vertueuse, puisque leurs fermes sont rentables sans les aides de la PAC grâce au modèle des AMAP qui créent une solidarité entre le paysan et ses consommateurs, et assurent une rémunération stable et juste aux paysans. Ils aimeraient alors voir les aides redirigées vers,  entre autres, le financement d’AMAP, les centres de recherche appliquée en collaboration avec les paysans, et les formations aux agriculteurs pour encourager la transition. Ils insistent sur le pouvoir énorme de la PAC : “les 120€ par personne et par an que représente la PAC peuvent tout changer. La vie peut changer du tout au tout : l’alimentation, le paysage, la qualité de l’eau, de l’air, l’activité économique…

Une « agriculture qui marche sur la tête » ?

          

Sur le bilan de la PAC actuelle, le même constat est partagé par tous les candidats, qui dénoncent un modèle agricole devenu « pernicieux » (M. Carel, Renaissance). Mme Justum (Génération.s) rejoint le constat de M. Garcia‐Badin (EELV), selon lequel « l’agriculture marche sur la tête », en effet, « on produit pour 12 milliards de personnes, mais on n’est pas capable d’en nourrir 6 milliards ». Si les dérives du système agricole à l’intérieur de l’Union Européenne sont évoquées, les candidats dénoncent aussi les catastrophes sociales provoquées par la PAC dans les pays du Sud, où les subventions européennes permettent de pratiquer des prix artificiellement bas, concurrence déloyale qui ruine les producteurs locaux.

La transition vers l’agroécologie

La transition, c’est « le mot de la soirée » selon M. Carel. Une transition que lui souhaite progressive, en garantissant un revenu élevé aux agriculteurs, et en orientant les aides vers des modèles propres, pour ne plus « créer les conditions de la consommation de masse ».


Les autres candidats font front face à la “transition progressive” souhaitée par le candidat de la majorité présidentielle, car ils estiment que l’”on ne peut plus attendre” et qu’il faut agir vite. Différentes propositions sont alors évoquées : M. Garcia‐Badin (EELV) propose de supprimer la barrière de l’âge [actuellement fixée à 40 ans] pour les aides à l’installation et “d’inverser le rapport 75%-25% entre les deux piliers” ; Xavier Ricard (Urgence Ecologie) souhaite mettre en place une « PAC de transition rapide », pour un changement radical des pratiques en une poignée d’années, puis une « PAC de vitesse de croisière » pour maintenir le nouveau système ;  Romain Dureau (LFI) quant à lui, estime que la transition agricole doit s’accompagner d’une remise en cause du libéralisme économique et des traités de libre‐échange.

La place des lobbies

          

La salle a ensuite interpellé les candidats sur la place des lobbies, sujet sur lequel les candidats ne partagent pas tous le même avis. M. Carel (Modem, Renaissance) rappelle que « tout le monde a ses lobbies », et que le système européen est « l’un des modèles les plus transparents au monde ». Les autres candidats désapprouvent en bloc, et Mme Justum (Génération.s) propose la création d’un lobby citoyen, composé de représentants de la société civile, de syndicalistes, et de citoyens. Ils seraient présents à tous les rendez‐vous entre parlementaires et lobbyistes, pour assurer la représentation des intérêts citoyens, et surtout la transparence de ces réunions, puisque selon elle “les lobbyistes, c’est comme les cafards. Ça aime l’obscurité”. Xavier Ricard (Urgence Ecologie), lui, milite pour une interdiction de tous les lobbies dans les couloirs du Parlement, purement et simplement : “On va adopter une stratégie de guérilla, leur rendre la vie infernale, pour répondre à l’indignation légitime des citoyens.

Une citoyenne dénonce ensuite la position hégémonique de la FNSEA, syndicat majoritaire, auprès de l’Etat. Elle demande à M. Carel “Êtes‐vous prêt à remettre en cause les liens que vous avez avec la FNSEA ?”, réponse de l’intéressé : “Certainement pas. La FNSEA s’intègre pleinement dans notre modèle de représentation, il est important de conserver ce dialogue pour l’expertise. Romain Dureau admet alors que si le syndicat est « représentatif au regard de son poids dans les chambres d’agriculture malgré une forte abstention, il joue souvent contre les intérêts de ses adhérents ». De son côté, Florent Sebban (maraîcher bio) estime que l’on ne peut pas entreprendre le changement de paradigme nécessaire si l’on garde la FNSEA et la grande distribution comme partenaire de dialogue majeur.

Le glyphosate

M. Carel, candidat de la liste issue de la majorité présidentielle, concentre les questions : “Que faites‐vous de ce que disent les scientifiques ?”. Il répond que l’« on croit aux analyses et aux résultats des scientifiques, sinon on ne se poserait pas la question d’interdire le glyphosate. Mais avant de l’interdire, il faut trouver une solution de remplacement ». Il est coupé par les autres candidats qui estiment qu’il est temps « d’arrêter de se poser la question ». Tous veulent interdire le glyphosate et les intrants les plus dangereux pour la santé au plus vite, et Romain Dureau (LFI)  propose d’interdire aussi l’importation de produits ayant été au contact de  glyphosate.


Malgré un débat dynamique et des désaccords de fond, le débat est resté cordial. Ce fut une belle occasion pour les candidats, les citoyens et les paysans de discuter ensemble de la première politique de l’Union Européenne. 

Crédit photos : Gaelle Rubeillon