Système agro‐alimentaire souhaité

Les modèles agro‐alimentaires actuels sont dominés par l’agro-industrie, où quelques grandes entreprises imposent leur vision au reste de la filière. Ce système dégrade la qualité de vie des agriculteur·rice·s, des consommateur·rice·s, et nuit à l’environnement. Par ailleurs, il constitue un modèle non soutenable, financé entre autres par les contribuable·s européen·ne·s et qui ébranle l’économie des pays du Sud.

Pourtant, un autre système agro‐alimentaire est possible. Un système agroécologique où les paysan·ne·s retrouveraient une place centrale au sein de la filière : un système éthique, à l’écoute des demandes citoyen·ne·s, respectueux de la santé humaine et du bien‐être animal, résilient face aux changements climatiques et source de richesses pour les territoires. Nous décrivons ici les diverses composantes du nouveau modèle agro‐alimentaire dont nous appelons de nos vœux le déploiement complet d’ici 2030.

Territoires, emplois, environnement

Dans les modèles de demain, l’agriculture est replacée au cœur des territoires qu’elle contribue à dynamiser. Le nombre de fermes et d’entreprises agro‐alimentaires augmente afin de former un maillage dense, relançant ainsi l’emploi dans les campagnes. Puisque l’agriculture est de nouveau moteur des zones rurales, l’artificialisation et l’accaparement des terres n’ont plus cours, facilitant alors l’accès au foncier pour les porteur·euse·s de projets agricoles.

Par ailleurs, la société reconnaît le rôle de l’agriculture dans l’entretien des paysages et la restauration des milieux naturels. Les fermes et les territoires se diversifient, les prairies sont maintenues, les infrastructures agroécologiques développées. On assiste à un retour à la biodiversité au sein des campagnes, qu’elle soit sauvage, cultivée ou élevée. De plus, les sols nourris et stabilisés contribuent à la participation de l’agriculture à l’atténuation du changement climatique.

Enfin, les agriculteur·rice·s sont à l’écoute des attentes sociales en abandonnant pesticides, engrais de synthèse et OGM, et en limitant l’usage d’antibiotiques. Ils et elles tournent leurs pratiques vers des modèles plus respectueux de l’environnement (agriculture biologique, pastoralisme, etc.) et économes en ressources.

Alimentation, santé, bien‐être animal

Le bien‐être animal est un principe fondamental observé de la naissance jusqu’à l’abattage des animaux. L’élevage est désintensifié et les éleveur·euse·s favorisent l’autonomie alimentaire pour leur bétail. En outre, les cultures végétales servent très majoritairement l’alimentation humaine.

Cette dernière est goûteuse, diversifiée, équilibrée et valorise les terroirs. L’alimentation redevient facteur de santé. Les consommateur·rice·s bénéficient pour cela d’une éducation alimentaire et d’une transparence de l’information. La restauration collective constitue un lieu exemplaire en matière d’approvisionnement, de composition des menus et de lutte contre le gaspillage.

Enfin, les acteur·rice·s de la chaîne agro‐alimentaire, au sein de laquelle la valeur est équitablement répartie, créent des marchés locaux de distribution se substituant le plus possible aux filières longues.

Revenu, résilience, autonomie

Les paysan·ne·s vivent dignement d’un revenu décent, composé de prix justes et stables, ainsi que de la rémunération de services non marchands. L’installation-transmission est fluidifiée par un meilleur accès aux facteurs de production, permettant un renouvellement et un brassage générationnel.

Par ailleurs, un pas important vers la résilience économique est franchi par la valorisation de la sobriété du capital : le paysan·ne subvient au maximum aux besoins de sa ferme par sa propre production, s’assurant ainsi une autonomie en intrants et par rapport à l’aval de la chaîne. En adaptant leurs pratiques, les agriculteur·rice·s améliorent également la résilience de leurs fermes aux aléas climatiques et sanitaires (animaux rustiques, variétés résistantes à certaines maladies, etc.).

Enfin, l’UE se fixe un objectif de souveraineté alimentaire européenne. Le commerce international de denrées agricoles ou alimentaires ne disparaît pas pour autant : il devient équitable, ce qui signifie que les échanges ne déstabilisent ni les marchés tiers, ni ceux communautaires.

Démocratie, solidarité, approche collective

Le fonctionnement d’un tel système se doit d’être démocratique et solidaire. Pour ce faire, la politique agricole relève de la responsabilité partagée des instances en charge de l’agriculture, de l’alimentation, de l’environnement et de la santé, qui travaillent de manière coordonnée. Ces instances contribuent à la mise en place d’une démocratie alimentaire, au sein de laquelle les processus de prise de décision et de pilotage sont transparents, participatifs et incluent les consommateur·rice·s.

De plus, les approches collectives entre paysan·ne·s, comme avec d’autres types d’acteur·rice·s, sont favorisées. Une nouvelle ingénierie de la formation et de l’accompagnement des paysan·ne·s se constitue.

Pour finir, la solidarité se traduit à la fois par un soutien des populations démunies pour l’accès à une alimentation de qualité et par le respect des paysanneries dans les pays du Sud.

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